Compte rendu TOR

Voilà une semaine que je traîne avec mon ami Antoine à Courmayeur. Après plusieurs thalasso chez Leila à Dolonne et quelques bons repas à la Terrazza, je pense que notre préparation au Tor des Géants s’est bien achevée grâce à des gens formidables comme Frederica, Fiorello, le président Alberto, Tiffany, sans oublier la famille Casan. Tout est rassemblé pour réussir : la veille du départ nous avons même la surprise d’avoir toute la waamille à Courmayeur, un bon repas, un bon vin et un bon digestif et le tour est joué pour passer une bonne nuit dans les bras de Morphée. Réveil 8h, « la tête dans le cul », je cherche la lumière, un café pour commencer m'ouvrira les yeux avant d’absorber mon petit déjeuner. Je règle les derniers détails, la playlist magique, le laçage indécrochable et la mise en place de la plaque d'immatriculation : dossard 1159. En cas de contrôle radar c’est obligatoire. Je rejoins la ligne de départ en trottinant et en écoutant Coldplay, c’est magic. Séance photo avant de se mettre dans les starting blocs, quelques embrassades à la waamille, aux amis athlètes et aux handicapés dans les joelettes en leur souhaitant bon voyage.


10.9.8.7.6.5.4.3 2.1 : c'est parti pour 330 km, un monde fou nous encourage, mais les fous c’est qui ? Le monde ou nous ? Comme à mon habitude je prends les devants jusqu'à l’entrée de la montée du col de l’Arp où je décide de me mettre à marcher car la route va être longue. Franco et Lionel en profitent pour me faire un coucou en me doublant. Je rigole avec les spectateurs qui m’encouragent et j’en profite aussi pour booster Tonio en lui disant « Andiamo ! ». Nous approchons du sommet, la fin du col a des allures de l’Alpe d’Huez sur le tour de France. Je fais la descente vers la Thuile tranquillement car les douleurs aux cuisses sont toujours présentes suite à l’UTMB®.
Nous approchons du village, mais que se passe-t-il ? Il y a un festival de rock stars ? Eh non c’est bien nous qu’ils attendent, toutes les générations sont là. Je rentre au stand pour m’abreuver et manger un peu et je repars de plus belle accompagné d'applaudissements. J’attaque le col avec un sacré planté de bâtons, le calme est de retour, je m’évade en écoutant la musique. Arrivé au refuge Deffeyes, je prends le temps de me ravitailler et j’en profite pour embrasser mon ami Grégoire Millet avec qui j’ai partagé une belle bataille en 2012 sur le Tor. La fin du col de Paso Alto est très technique et magnifique, il faut mettre parfois les mains pour grimper, surtout quand on est un nain de jardin. Enfin le sommet, et belle surprise pour moi : une très bonne amie est là, j’en profite pour lui voler un baiser en guise de ravitaillement avant de basculer, cela va beaucoup m'aider. Après une descente en roue libre, j’arrive au ravito où ce ne sera pas un baiser que je prendrai mais une polenta ! Surprise : mes amis Fulvio et Sonia sont là pour m’encourager, me revoilà à bloc pour attaquer le col Crosatie. Arrivé au sommet, je suis obligé d’accélérer car une fan me saute au cou pour me baiser la joue et ne veut plus me lâcher. De peur qu’elle me rejoigne, je descends rapidement en direction de Planaval et Valgrisenche.. J’entre dans l’arène, non pas du concours à bestiaux qui se passe à 2 pas de là, mais dans celle du Tor, des centaines de personnes sont là dont Silvano le speaker et j’en profite pour dire quelques paroles à ces spectateurs extraordinaires. Je fais une belle pause dans la base vie car la nuit va être longue. Je change mon train de pneus Hoka car les chaussures de départ sont à plat. Je mange de bonnes pastas agrémentées de jambon et de parmesan pour bien faire le plein. Et hop le phare de recherche sur la tête et c’est reparti. 

Un gros morceau nous attend avec 3 cols dont 2 à plus de 3 000 m d’altitude : l’Entrelor et le Loson, point culminant de la course à près de 3 300 m. Je prends la décision d’être sage pour cette première nuit et de profiter du spectacle que nous offre la pleine lune et cette superbe nuit étoilée. Les cols passent bien et j’ai même l’honneur de faire un bout de chemin avec Francesca, incroyable petit bout de femme qui ne lâche rien et qui respecte le chemin, même un petit lacet elle ne le coupe pas. De ce fait, j ai du mal à croire à toutes ces histoires qui tournent autour d’elle. Je resterai en sa compagnie jusqu’à la base vie de Cogne où nous partagerons quelques foulées avec des enfants. 

La fatigue commence à m’envahir l’esprit, il ne faut pas trop tarder ici. Je repars donc très vite avec une belle foulée magique après plus de 100 km parcourus. J’attaque la montée après 5 km, le jour commence à se lever et mes yeux à se fermer. Je profite des passages non techniques pour somnoler tout en marchant, ce qui me vaut quelques sorties de route. Je vois au loin mon ami Oscar. Mais que se passe-t-il ? Il ne devrait pas être là. Je l’encourage, le pousse à me suivre, mais non, il a lâché prise, pas normal pour « l’ours des Pyrénées ». Son mal de jambe est une excuse, c’est juste un ras-le-bol de voir certain coureur en tête être assisté pendant la course. Comment peut-on autoriser cela ? Il vous manque votre buff dans le sac, vous êtes disqualifié ; mais si vous vous faites aider pendant le parcours en vous faisant suivre on ne vous dit rien. Enfin il va falloir un jour que l’on m’explique tout cela. Je laisse mon ami avec regret et poursuis mon avancée et j’espère de tout cœur lui faire honneur en rattrapant des délinquants. 

Arrêt au refuge Sogno di Berdzé, je retrouve Nich Hollon et Francesca qui se fait soigner les pieds. Je m’alimente et leur fais un petit coucou d’encouragement avant de repartir. Nich décide d’engager le pas dernière moi, chose qu’il n’aurait jamais dû faire car cela m’a permis de voir qu’il se faisait ravitailler entre les ravitos par son staff. Même après que je lui aie dit que c’était interdit, il a continué. Bref en tout cas, moi je sais que je serai fier de me regarder dans une glace après ce Tor des Géants. 

Je fais une descente sur Donnas assez tranquille car un gros morceau m’attend ensuite. Enfin la base vie, je suis presque à mi course. Seul avec mon sac jaune devant toutes ces caméras et ces appareils photos qui sont là pour prendre de l’image. Mais qu’ils partent en montagne filmer les tricheries au lieu de m’interrompre dans la préparation de mon ravitaillement !!! Bon c’est vrai j’exagère un peu, il en faut au ravito, c’est très intéressant de voir un athlète manger des pâtes !.. J’attaque la montée d’un bon pas, un bref passage à Pont St Martin histoire de se taper un 100 m avec le diable au cul. Il fait très chaud, environ 30° .Arrivé au refuge de l’Etoile du berger je suis heureux de voir mes amis Pat et Virginie Bohard, j’essaie de manger mais cela ne passe pas. J’engage une sieste de 15 mn mais au bout de 10 mn je suis déjà debout pour repartir. A peine parti je vomis 4 fois, la montée s’annonce mal. Allez, pour mon pote Oscar et marco qui m accompagne sur mon sac il faut y aller, merci aux bâtons qui me sont d’une super aide. Le refuge Coda est en vue, le drapeau français flotte au vent, aurai-je droit aussi à la Marseillaise cette année ? Il y a encore beaucoup de monde au rendez-vous, je décide d’aller me reposer 20 mn, mais au bout de 5 mn me voilà de nouveau de retour car il y a trop de bruit pour fermer les yeux. 

Je reprends mon chemin direction Lago Vargno, la forme revient petit à petit. Je refais une pause sommeil à Lago de 15 mn, et je m’endors comme un bébé, les personnes qui sont là sont formidables et je suis traité aux petits soins auprès du feu en m’alimentant de pommes de terre et d’un bon jambon sec. Je reprends mon chemin sous la lueur de la pleine lune, c’est magique. La descente à Niel est très dure mais savoir que je vais manger à la Gruba me motive. Une vive douleur me prend au niveau du tibia, ça fait mal, un releveur commence à me chatouiller dans la descente. Cela ne me gêne pas sur la montée au col Lasouney et arrivé au sommet, je retrouve comme chaque année le berger et son fils qui sont là pour m’encourager. Bientôt Gressoney où je vais faire une bonne pause sommeil de 1h15. Anne est là pour m’aider, c’est super motivant, un soignant regarde ma blessure avant que je reparte, mais cela ne change rien, la douleur est toujours présente. J’attaque l’ascension du col Pinter, le jour se lève sur les cimes à plus de 4 000 m du Mont Rose. Petite pause café au refuge Alpenzu car je sens que la fatigue s’empare de moi, mais cela ne suffira pas, je suis obligé de m’arrêter sur le plancher des vaches pour siester 10 mn. La fin du col se passe mieux, mais la descente me fait toujours aussi mal. Arrivé au ravito du Crest je retrouve Sonia et Fulvio qui sont venus pour me soigner. Un petit massage et un coup de « tape » magique me voilà reparti direction St Jacques où je retrouve madame Bohard. Elle m’encourage et me dit que je suis le plus frais, enfin c’est normal, je suis l’un des seuls à avoir dormi ! Je refais 2 pauses avant d’atteindre la base vie, une au refuge du Grand Tournalin où j’avale une succulente soupe maison et l’autre à Cheneil où mon fan club du panorama Al Bich m’attend avec une choppe de bière d’un litre. Après une pause caca et une bonne gorgée de houblon, je m’envole vers Valtournenche où je retrouve Anne, Virginie, Pat et le « Renard » (Philippe Verdier) qui sont là pour m’encourager. Quelques parts de pizza margarita, un peu de coca et du riz et me voilà reparti pour la session la plus sauvage, c’est là que le jaguar sort ses griffes !!!

Après une belle montée, j’arrive au refuge de Barmasse où je décide de dormir 15 mn, qui seront ma sieste la plus réparatrice. Je rencontre un peu de monde sur le sentier, les promeneurs m’encouragent tout en me disant : « Mais Le Saux tu cours tout le temps !? » Et oui les jambes sont là, mais pas pour longtemps. J’appréhende les descentes très raides à cause de mon problème au releveur. Aaaaaaah ça fait trop mal, je suis obligé de descendre en marche arrière…Tout se passe très bien et le spectacle que nous offre la nature sur ce sentier en balcon avec la pleine lune qui illumine le bas de la vallée embrumée me fait oublier mes douleurs. J’atteins enfin le refuge de Cuney, la pluie est arrivée, je décide de faire une brève pause pour ne pas me refroidir. Voir tout ce monde qui est là pour aider Nich me met hors de moi.


Enervé je repars très vite afin qu’il ne me rattrape pas avec sa garde rapprochée. Il fait froid, j active le pas pour me réchauffer sous ma veste étanche WAA, jusqu’au bivouac Clermont où on m’annonce un coureur à 10 mn. Super, c’est mon ami Tonio, je le vois au loin, j’accélère pour pouvoir le rattraper. Mais me voilà en face d'une descente vertigineuse que j’attaque, seulement mon releveur me fait toujours aussi mal. Je suis obligé de passer la marche arrière pour descendre à reculons. Tout se passe bien lorsque tout à coup je butte sur un rocher qui m'envoie dévaler la pente en rouler bouler Plus de peur que de mal, j'arrive à m'arrêter, je fais l’inventaire de mon corps, tout est là, je poursuis mon chemin en marche avant tout en grimaçant. Je commence à entendre du monde, je ne vais pas tarder à arriver à Oyace, et une belle surprise m’attend : une dizaine d’enfants sont présents, accompagnés de Sonia et Fulvio pour m’encourager et faire les derniers mètres en ma compagnie. C’est que du bonheur, j’en oublie même la douleur ! Et 2ème surprise : qui je vois à 2 pas de moi ? Tonio et Ludo Collet à bloc derrière nous, que d'émotions !..Tiff est également là aussi, tout est rassemblé pour continuer dans les meilleures conditions. Antoine veut dormir un peu, je lui conseille de ne pas le faire et de repartir avec moi, l’union fait la force. 

Nous attaquons le col Brison d’un bon pas, c’est long, très long avant d’atteindre Ollomont. La descente a enflammé davantage ma tendinite, heureusement que Fulvio est là pour me soigner, je hurle de douleur pendant ses manipulations entre 2 gorgées de boisson. Je n’ai qu’une hâte : repartir, même seul ; j’attendrai Tonio au refuge. Je rattrape Lionel dans la montée, accompagné de son ami Franck, trop cool je vais pouvoir parler pour rester éveillé. Nous voilà enfin au refuge Champillon, j’entends une voix qui m’est familière : mais oui c’est Miyuki, notre amie japonaise. On est accueillis les bras ouverts et on a même le droit à une soupe miso. Tonio nous a rejoints, je lui dis de ne pas trop traîner, nous avons encore du pain sur la planche. La descente sur St Rhémy-en-Bosses n’est pas évidente, il faut avoir des jambes pour avancer, mais nous trouvons les ressources nécessaires avec le spectacle que nous offre Dame Nature, un lever de soleil sur le Mont Blanc spectaculaire, nous sommes sans mots. 

Nich nous rattrape sur la partie plate, il avance d’un bon pas avec sa garde rapprochée. Tonio est un peu fatigué ; normal après 300 km ! Mais je décide de courir au-devant de Nich pour lui montrer que je suis toujours plein de ressources et qu’aider mon camarade est bien plus important qu’une 2ème place. St Rhémy-en-Bosses : la waamille est là, Antoine se met à manger pour 4, il a tellement gonflé que j’ai l’impression d’être accompagné par un sumo !!! Le ravito prend un air de one man show, c’est trop rigolo, les bénévoles sont morts de rire mais il va falloir repartir. 

Un enfant de 12 ans nous demande l’autorisation de nous accompagner vers le col de Malatra, on ne peut qu’accepter, il est d’une gentillesse incroyable et on en profite pour discuter avec lui. A mi col Antoine demande à dormir, je lui dis oui, 10 mn nous fera du bien et il faut savourer les derniers km surtout quand on a 5 h d’avance sur ses poursuivants. On donne la mission à Frederico de nous réveiller au bout de 10 mn, le garçon est très fier d’apporter sa pierre sur le cairn de notre Tor des Géants. Nous avons l’impression d’avoir fait une nuit complète et nous reprenons notre chemin ; nous croisons notre ami Oscar et Salvador qui sont venus nous encourager. Antoine a les yeux si pochés qu’il a eu du mal à les reconnaître. Le col Malatra est en vue, notre petit protégé nous quitte mais avant cela nous le remercions en lui offrant un buff qui a fait le Tor avec nous. Les derniers mètres sont très raides,l’hélicoptère nous survole pour prendre des images et on en profite pour lui faire signe. Enfin la bascule, le final, une grande pensée pour mon ami Marco qui repose en paix sur ce col, des larmes s’échappent de mon corps, c’est du bonheur Marco, on va boucler ce tour et en plus avec mon ami Tonio. 

On en profite un max, on pose même pour les photographes afin d immortaliser cet instant riche en émotions. Nous dévalons la pente en direction de Bonatti avec une petite foulée, il y a beaucoup de monde qui nous prend en photo. On a même la surprise de voir Romain et Marie de chez WAA et cela nous touche vraiment de voir la waamille ici. Ils en profitent pour faire quelques vidéos et clichés. Un petit stop au refuge de Bonatti et c’est reparti pour Bertone. La route est un peu plus longue voire interminable, mais nous meublons notre temps en rigolant. On commence à voir des dinosaures à la place des arbres, Antoine est inquiet avec son ventre, il a l’impression qu’il va exploser, il a même la vue qui baisse, alors je lui dis : « Lève les yeux » !!!. Enfin Bertone, ça sent l’écurie, je demande discrètement à la patronne où se trouve l’ascenseur. Elle me regarde d un air bizarre. « Oui, celui pour descendre mon copain à Courmayeur car il est pas bien ! ». Elle se met à rigoler et me dit qu’elle va appeler 2 hélicoptères pour les 2 VIP iiiiii Trève de plaisanterie, il faut repartir vite. Nous descendons en trottinant et toujours en se marrant on commence à se rendre compte que c’est énorme ce que nous accomplissons.

Courmayeur est en vue, nous attaquons le goudron avec nos compagnons Stefano, Luca de la radio et les bambini traileurs du village, c’est trop beau, c’est trop bon, on a envie que cela dure encore un peu, alors on prend notre temps pour savourer les derniers instants. Nous voilà à l’église, des frissons s’emparent de nos corps, on est portés par la foule. Je prends la main de mon ami Antoine et les bras en l’air nous dégustons ces derniers mètres. Enfin nous franchissons cette ligne d’arrivée bien méritée. Merci merci à Antoine, à la population, aux bénévoles, aux organisateurs, à mes waamis, la waamille, à Marco et à tous ceux qui nous ont encouragés. Merci de m’avoir fait rêver pendant 79 h. 

Et un grand merci à Cyr, je sais que tu n’es pas présent à Courmayeur, mais que tu as des larmes de bonheur en nous voyant porter haut et fort les couleurs de WAA. Nous n’avons même pas fait exprès de former un W avec nos bras sur la ligne d’arrivée !...

 
Expérience à renouveler, si les organisateurs m’autorisent à reprendre le départ en 2015 car j’ai dit à voix haute ce que les gens pensent à voix basse. Je serai là et encore plus déterminé pour montrer que l’on a pas besoin de tricher pour être honoré. Encore un grand merci au Président de Région et au peuple valdotain.

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